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blue mood

Le projet s’intitule Blue mood, littéralement "humeur bleue".
Blue en anglais signifie mélancolique. Le collectif souhaite exprimer sa propre humeur à travers cette couleur, par ses créations et celles des artistes qu’il invitera. Il souhaite donner à voir comment des créateurs actuels pourraient jouer avec ce code esthétique ; cette tradition artisanale devenue élément folklorique.

Betschdorf

— le bleu en Alsace —

Le grès était déjà connu en Extrême-Orient bien avant notre ère mais il n'apparaît en Europe que durant le XIIe siècle en Allemagne. De tout temps il y a toujours eu des potiers en Alsace car son sol est argileux. Ils travaillent avec deux types de matières premières: une argile d'origine locale (bordure de la forêt de Haguenau à 1km de Betschdorf - pour céramique utilitaire) et l'argile …

en provenance de Westerwald en Allemagne (plus fine pour céramique d'art).

En 1867, la fabrication du grès connaît son point culminant: 60 fours en 1870. Il n'en reste que 12 en 1900 après la guerre de 1870 et après la première guerre mondiale c'est la concurrence des ustensiles en aluminium qui obligent les potiers à se diriger vers de la céramique moins utilitaire et plus artistique (appréciée des touristes).
La particularité du grès c'est son travail au sel: en fin de cuisson, un sel marin est projeté par des orifices situées dans la voûte du four. Celui-ci donnera un vernis fin et transparent. Grâce à cette technique, en une seule cuisson, on obtient une poterie étanche.

Extraits du livre Poteries d'Alsace par Catherine Mahon éd. les Dernières Nouvelles d'Alsace 1988

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Delft

— Le bleu en Hollande —

En 1585, de nombreux potiers d'Anvers arrivent à Delft (chassés par les envahisseurs espagnols). Ils s'inspiraient à l'époque de la majolique (faïence) espagnole et italienne. A partir de 1602, c'est la porcelaine de Chine qu'ils copient. Elle est importée en masse part la plus grande compagnie de commerce, La compagnie néerlandaise des Indes. Ils n'utilisent eux pas de porcelaine - ne disposant pas du kaolin (argile blanche)…

nécessaire à la production de véritable porcelaine, mais de la faïence. Ceci dit la similitude entre les 2 leur suffit ! Dès lors le bleu et la ville de Delft sont inextricablement lié. Les chinoiseries sont partout. Le bleu est utilisé dans toutes ses nuances: de 1625 à 1680 les bleus deviennent de plus en plus soutenus. Le décor est reporté à l'aide d'un poncif (calque à petits trous). Ce dernier étant saupoudré de poussière de charbon de bois, il laisse un léger pointillé qui guide le peintre. Il peut alors être peint au pinceau sur émail humide après une première cuisson de la pièce.
De 1600 à 1800, c'est l'âge d'or de Delft : un des plus importants centres de fabrication de poterie d’Europe. Objet d’un engouement immense, "le bleu de Delft" était collectionné par les plus riches familles du monde entier. Il perdit peu à peu de son attrait, et les manufactures fermèrent l’une après l’autre. L’unique manufacture toujours en activité depuis 1653 est Royal Delft.

Source www.royaldedelft.com - unique manufacture de Delft

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Théorie sur le bleu

— Michel Pastoureau —

La céramique de couleur bleu la plus connue dans le monde est la porcelaine chinoise apparue pendant la dynastie mongole des Yuan entre le XIIe et XIIIe s. Pourtant elle est apparue au Xe siècle en Iraq. Ce sont les mines de cobalt situées en Iran qui ont permis l'essor de cette couleur sur céramique. La couleur bleu a trois provenances: minérale, végétale et synthétique.…

Le pigment bleu de provenance minérale le plus utilisé est obtenu à partir de l'azurite Il est découvert par les égyptiens dans l'Antiquité classique et le monde médiéval. Au Moyen Age, le lapis-lazuli apparaît. Il venu d'Orient et est plus précieux que l'azurite donc connaît un essor moins large. Il existe différents moyens pour les broyer: les Grecs et les Romains obtiennent un bleu moins fort qu'en Asie ou dans le monde musulman car ils broient la pierre entière au lieu de ne conserver que les éléments bleus.

L'origine végétale du bleu vient elle le plus couramment de la guède (aussi appelée pastel) largement cultivée en Europe et de l'indigo originaire entre autres des Indes. Si tous les deux sont connus depuis le néolithique, entre le XVII et le XVIIIème s. une guerre se joue entre eux. On freine l'importation en France par exemple de l'indigo pour ne pas nuire au riche commerce de la guède qui en découlait. Toutefois, au fil des décennies, l'indigo pour ses caractéristiques (son pouvoir tinctorial est 20 fois plus puissant que celui de la guède) et son prix moins coûteux supplante la guède.

Enfin le pigment le plus utilisé aujourd'hui est synthétique. L'équivalent du smalt a été découvert pour la première fois il y a 5000 ans par les égyptiens qui souhaitaient reproduire la couleur du lapis-lazuli (trop précieux pour être broyée on l'a vu). Ils fabriquèrent une sorte de pâte de verre mêlée au cuivre puis broyé en poudre. Ce produit est l’unique pigment bleu utilisé en peinture murale depuis la IV° dynastie égyptienne (2613-2494 avant J-C) jusqu’au Moyen Age. A partir de la Renaissance, le smalt apparaît: il s'agit d'une réduction en poudre d'un verre teinté au cobalt. Il est particulièrement prisé aux XVIe et XVIIe s., notamment par les peintres flamands: il faisait partie de la palette de Vermeer et de Rembrandt entre autre. Il est utilisé en mélange avec le lapis-lazuli chez Velasquez. Enfin on le retrouve dans l'industrie céramique: notamment dans les faïence de Delft ou plus modestement la coloration des poteries d'Alsace, en particulier les grès de Betschdorf.
En 1704 à Berlin, on découvre le bleu de Prusse. Il est lui produit par réaction de la potasse sur du sulfate de fer. Un siècle plus tard Louis-Jacques Thénard invente le bleu de cobalt en France. Au XIXe s. la plus part des bleu sont des bleu de cobalt, car de qualité supérieure aux autres.

Source livre de Michel Pastoureau Bleu Histoire d'une couleur éd. Seuil, 2000

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